Alice Váles

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  • Rappelle-toi … [épisode 3]

    La suite de l’histoire, avec un rien de retard …

    « Et la vieille tablette oublié que tu as prétendu manger quand même! Tu aimais tant le chocolat, tu n’imaginais pas la jeter, même après un séjour un peu long dans la cabane humide.»

    Les maux de ventre et la nausée me reviennent, pourtant je n’en avais mangé que quelques morceaux, avant de renoncer … Cette pauvre tablette oubliée dans une cachette de notre cabane. C’est vrai que ça me désolait de la jeter. Je ne sais plus ce qui nous avait interrompus le jour où nous l’avions prise mais nous l’avions cachée en attendant de revenir la dévorer et nous l’avions oubliée. Sans doute accaparés par un autre jeu …

    Elle avait pris l’humidité, avait un goût de moisi. Quelle tristesse ! Et puis tu oublies de dire que tu m’avais mis au défi ! Tu savais que je ne résiste jamais quand tu me mets au défi. Ça aurait pu me dégoûter du chocolat, ça n’a pas été le cas. Rien ne pourrait m’en dégoûter. À peine remis je t’ai entraîné devant la chocolaterie … pour te faire pardonner. Ce n’était pas une pénitence bien lourde, tu aimais y aller autant que moi.

    Silence.

    « Tu te souviens la vitrine du chocolatier en bas de la rue Dumas ? Je suis certain que tu t’en rappelles. »

    Si je me rappelle ? Je crois que je pourrais encore la dessiner les yeux fermés, cette vitrine. L’objet de tant de convoitise, tant de rêveries ! Car le chocolatier de la rue Dumas était un vrai artisan et sans doute un magicien. Il se faisait livrer les matières premières, torréfiait lui-même le cacao et créait des chocolats aussi beaux à contempler qu’ils étaient délicieux à savourer. Ses pralinés maison étaient à fondre de bonheur, ses ganaches de véritables merveilles gustatives au fondant parfait. Les clients venaient de loin pour avoir le bonheur de goûter ses créations.

    Je te traînais devant la boutique dès qu’on quittait le collège. On a passé des heures à la contempler. À humer les odeurs qui s’en échappaient. On détaillait chacune des bouchées exposées comme autant de joyaux dans une bijouterie prestigieuse. On admirait les merveilleuses sculptures en chocolat. On rêvait de goûter à tout. On se disputait même pour savoir lequel devait être le meilleur. Chaque nouveauté dans la vitrine occupait nos discussions le soir, avant que le sommeil ne nous prenne.

    Et quelle émotion la première fois que nous sommes entrés ! L’impression de pénétrer dans un lieu sacré. Et ce parfum … Ces parfums ! Qui nous arrivaient de tous les côtés réjouissant nos narines et nous mettant l’eau à la bouche. Il me semble les sentir encore … tellement réels…

    Je me souviens de la patience du vendeur, sans doute avait-il reconnu les deux gamins qui passaient tant de temps à admirer sa vitrine. Moi posant tout un tas de questions et toi … plus réservé, un peu en retrait comme toujours, mais pas moins passionné. Il avait dû nous prendre en sympathie, il nous a fait goûter quelques-unes de ses alléchantes spécialités. Je me suis senti comme au paradis, je savourais le bonheur absolu.

    J’aime ces souvenirs. J’aime que tu me les rappelles.

    « Monsieur, s’il vous plaît. C’est l’heure.

    – Ah oui … déjà …

    – Vous savez vos histoires de chocolat … rien qu’à vous écouter … sans compter tous les chocolats que vous nous laissez en partant …

    – Oui ?

    – À la longue, on va tous prendre 10 kilos … »

    Des rires …

    Silence.

    Et voilà, c’est tout pour l’instant. La suite bientôt.

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