Voilà la suite de l’histoire …
« Tu te souviens dis ? Je suis sûr que tu te souviens. Écoute ! … tu entends … écoute encore… »
Le froissement du plastique de l’emballage. Un plastique un peu rigide, un peu craquant. Je le reconnais entre tous. Celui qui emballait nos magnifiques poules en chocolat de Pâques. Nous les gardions le plus longtemps possible, si belles, si pleines de la promesse du plaisir que nous aurions à les manger. Je perdais à chaque fois. Impatient que j’étais. Mais ce n’était pas un problème, il n’y a jamais eu de compétition entre nous. Et toi beau joueur, tu partageais lorsque j’avais gloutonnement terminé ma part.
J’ai toujours aimé le chocolat plus que toi, tu le savais. Et souvent tu t’amusais de mon incapacité à résister. Parfois aussi tu en jouais …
« Monsieur, s’il vous plaît. Il est l’heure. Vous devez partir. »
Silence.
« Tu te rappelles ? Cette idée stupide de masque au chocolat ? Comme on a ri ce jour-là ! Tu n’en démordais pas. Je ne sais pas d’où t’es venue cette lubie mais tu voulais à tout prix essayer ! Je crois bien avoir encore des photos quelque part ! Si tu reviens, je te les montrerai… »
Je ne suis pas certain d’avoir envie de me rappeler … Mais maintenant que tu en parles … C’est comme si à nouveau, mon visage était couvert de cette pâte épaisse et molle. C’est chaud, ça colle un peu. J’ai l’impression que c’est un peu ma peau qui fond avec le chocolat. Étrange sensation … Il me semble sentir encore comme tu l’étalais avec le dos d’une petite cuillère … en couche épaisse, avec application entre deux éclats de rire ! Et l’odeur encore … elle envahissait tout. J’avais l’impression de me noyer dedans. Comme maintenant. Et je t’entendais rire et j’ai ri aussi devant le miroir que tu m’as tendu. Nos deux visages côte à côte, si dissemblables pour une fois. Un monstre en chocolat fondu, voilà à quoi je ressemblais.
Tu riais encore lorsqu’il m’a bien fallu enlever tout ça. Une part de moi a regretté que le chocolat n’ait pas durci. J’aurais gardé ce masque de mon visage au lieu de le regarder s’écouler, trempé d’eau chaude, par la bonde du lavabo. L’odeur avait envahi toute la salle de bain, il y avait des traces d’eau chocolatée partout. Cette fois, maman n’a pas pu faire semblant de rien … j’ai vu ses yeux briller d’amusement pendant qu’elle nous grondait. Elle prenait son rôle de mère très au sérieux mais nos bêtises l’amusaient souvent. On le voyait à sa bouche qu’elle essayait d’empêcher de sourire, à ses yeux qui brillaient, au ton de sa voix pas très convaincant… Il nous a fallu tout nettoyer bien sûr … Normal …
« Monsieur, mais c’est n’importe quoi là ! Vous avez mis du chocolat partout ! Faites attention un peu ! »
Silence.
À bientôt pour la suite!