Alice Váles

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  • Rappelle-toi …

    Ah… le chocolat … plaisir addictif s’il en est (j’avoue, j’ai même rebaptisé mes « abdos » – ces fameuses tablettes de chocolat fondu – Chocolat-noir, Chocolat-blanc et bien sûr Lait-noisettes)… Réconfortant, régressif, il nous replonge parfois dans nos souvenirs … comment lui résister ?

    Voici donc le premier épisode d’une histoire écrite il y a quelques mois. Bonne lecture !

    « Tu te rappelles ? Le chocolat de Mamie dans la grande casserole. Quand on la regardait le touiller avec application pour qu’il n’attache pas. Et quand elle le faisait couler dans nos tasses les soirs d’hiver après l’école … tu te souviens comme l’odeur nous enveloppait et nous donnait l’eau à la bouche ? Et sa texture … onctueuse et mousseuse sur le dessus, juste comme il fallait… »

    Dans la brume de mes souvenirs j’entends, je retrouve intact le raclement régulier de la cuillère en bois contre le fond de la casserole en émail. Le petit tapotement contre le rebord et puis le doux frémissement du liquide chaud qui coule dans la tasse… et l’odeur … oui cette odeur qui me revient aux narines. J’ai l’impression de la sentir là.

    J’ai sept ou huit ans et je suis assis dans la cuisine de Mamie avec mon frère et l’odeur du chocolat qui nous enveloppe. Je trempe dedans mes madeleines un peu sèches et la magie opère, elles deviennent crémeuses et tellement fondantes. Je suis bien.

    Silence.

    « Tu te rappelles ? Ces quelques fois où nous avions chipé une tablette de chocolat dans le placard de la cuisine, discrètement, pendant que maman était occupée. Puis nous allions la dévorer dans notre cabane perchée dans le vieil arbre au fond du jardin. Rappelle-toi. »

    Notre arbre si majestueux … Ses branches épaisses et basses où nous avions installé notre repère. Papa nous avait aidé à clouer les planches du toit. Elle était un peu bancale cette cabane, l’eau y gouttait les jours de forte pluie. Mais elle était notre repère et nous la trouvions magnifique. Elle nous paraissait perchée si haut à l’époque.

    L’interdit rendait tout plus intense. On chuchotait en déballant soigneusement le butin de nos actes de piraterie. Ça ne servait à rien. Juste à créer une ambiance de mystère… Le froissement du papier, le crissement de l’aluminium me reviennent à l’oreille et l’arôme … l’arôme suave de ce chocolat qui envahissait soudain notre repère et le plaisir que nous avions de savourer le fruit de notre larcin. Ce n’était qu’un simple chocolat de cuisine à croquer et pourtant … L’odeur restait accrochée à l’emballage et on pouvait encore la sentir des heures, parfois des jours après. Elle embaumait notre cabane. J’en salive encore.

    Le chocolat fondait sur nos doigts, les poissant de tâches brunes qu’on léchait avidement. On riait ensuite des traces qui nous maculaient le visage et qu’on essuyait vite fait, pensant tout faire disparaître. Maman ne pouvait pas ne pas s’en apercevoir… Pourtant elle n’a jamais rien dit. Ni des tablettes disparues, ni des preuves évidentes que nous devions porter sur nous. Et nous, persuadés d’avoir accompli le casse du siècle nous n’éprouvions pas le moindre remords.

    Silence.


    C’est tout pour aujourd’hui ! Si vous souhaitez connaître la suite … rendez-vous la semaine prochaine.

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